Facile comme l'océan

Donjon

Le donjon

Des écrans comme des murs, et la fenêtre parquée à même le sol. Tout était gris, et carré, et bas. L'ordinateur noir, lourd, posé à sa droite; un autre gris, abimé, mais plus léger, bien devant elle, un autre écran en face avec cette photo d'horizon, qui rendait à la fois vivable et absurde l'absence de paysage et de perspective.

Derrière, une autre rangée d'écrans. Il n'y avait personne à ce moment-là, les gens perdus dans le flux des réunions, les gens perdus dans le flux. Encore derrière, un rebord gris et le mur vert, ou bleu, au sous-ton gris, ou jaune, en fonction que la lumière soit allumée, mais elle l'était presque toujours, car la luminosité de la fenêtre à même le sol était faible, et faiblarde.

Il faisait chaud, et l'air pénétrait mal la pièce. Il faisait court.

Quand elle était seule dans cet espace-là et que le travail ne venait pas l'emporter, elle pouvait rester longtemps — du moins c'est ce qu'elle ressentait — à se griser dans l'ombre de cette pièce triste. Quand les autres étaient là — surtout elle — c'était comme si des fenêtres nouvelles étaient face à elle et elle sentait l'air doux, riant, suave, sérieux, enthousiaste, fragile — c'est selon — qui venait à elle comme une respiration, toujours insuffisante, il est vrai. Car elle n'aurait voulu faire que cela, respirer la vie des autres et vomir la fenêtre au bord du sol de cette pièce, cette pièce au fond d'un couloir, dont l'ironie avait voulu qu'elle soit placée en face d'une salle nommée d'une étoile, Orion.