feuillages
Tournant autour d'une nouvelle feuille, comme l'ardeur est étrange. Brise les cycles et les annonces, en avalant encore les mots des autres. C'est retrouver un souffle. La couleur triste de l'automne vient en pesanteur.
Il s'agit de ma non capacité de concentration. Je fatigue. Je me sens si vieille parfois. Mon corps comme une souche, c'est si injuste (pour lui, pour moi, pour nous). Les mots des autres sur leur corps me touchent à revers, presque systématiquement. Et je papillonne, en oubliant plus - c'est mon impression. C'est cette impression du temps qui défile qui me glisse en crête du gouffre. Je voudrais plutôt explorer l'espace, pour y reposer le rythme du temps, sans finir noyée sous les possibles. Je vois les gens et je les respecte très sincèrement. Je me formule pourtant que je ne me retrouve pas, chaque personne me paraît dissonante à mon être. Au lieu de m'en réjouir, cela m'inquiète, je cherche des reflets miroitants. Alors je projette dans le vide et je me renferme dans une intériorité fragile.
Ce week-end me met face à mon enfance, et surtout à ce que je projette de qui étaient mes parents quand ils m'ont eu (c'est-à-dire a mon âge). J'y vois mes manques, et l'impression que je ne pourrais jamais offrir à un enfant un cadre qui convient (et être une "bonne" mère). Cela me renvoie également au paradoxe de mon enfance heureuse face à mon impression d'une vie pas si heureuse que cela. Comme un murmure : cela devrait être simple. Cela devrait être simple.
Mon esprit est mon refuge. Cette capacité à raisonner, à mettre en lien les choses, est ce qui me rassure, car elle est ce qui me permet de travailler, et surtout ce qui me procure un sentiment d'aisance et des impressions de réussites. Pourtant, c'est ce même esprit qui tourne quand je me sens enfermée dans une pièce de vie. Parfois j'ai l'impression de me cogner contre ces murs transparents que j'alimente moi-même. Mon esprit est mon refuge, mais comment savoir quand le blizzard est tombé ? Comment sortir de soi et de ses propres chants ?
(...) (en échos)
Et puis comme tant de fois, même dans les instants qui s'ignorent, je butte. Dans l'espace qui s'étend, dans les suspens infinis, je butte. Aurais-je alors le courage de me tourner vers moi-même Au-delà de cette litanie perpétuelle des reproches et des manques ? Je butte et j'attends, l'espoir fragile et immense, Que je puisse un jour me rencontrer.